08/12/2015

La France face à son histoire et à son destin

Un petit rappel permettra peut-être de mieux comprendre le tsunami électoral de ce dimanche 6 Octobre en France.
Il faut savoir en effet qu’en France seules les élites détiennent la vérité et le peuple, la plèbe n’a qu’à se taire et accepter leurs décisions. Les seules concessions à la plèbe ce sont les élections et certaines concessions faites lors de manifestations ou de grèves.


Après les errances de la 4ème République qui changeait de gouvernement chaque mois, l’arrivée de Charles de Gaulle en 1959 à la tête de la France a mis un peu d’ordre dans les conflits entre les divers partis et dans la conduite de la politique intérieure et extérieure du pays. Il créa Constitution de la 5ème République,  mit fin aux guerres coloniales et à la crise algérienne et permit ainsi à la France de renouer avec la croissance. Il  nationalisa les grandes banques et créa la Sécurité Sociale sans se douter du gouffre financier qu’elle deviendrait, minée par un syndicalisme outrancier, une bureaucratie kafkaïenne et un système social ingérable. Mais il fit une erreur qui coûte cher à la France aujourd’hui. Il fit parquer misérablement dans des camps la plupart des harkis (algériens ayant combattu pour la France)  lorsque lors de l’indépendance de l’Algérie ils émigrèrent en France pour fuir les représailles, au lieu de les intégrer immédiatement dans des conditions convenables.

En 1969, après sa démission, Georges Pompidou surfa sur une ère de croissance mondiale où la France faisait bonne figure. Puis en 1974, face à François Mitterrand, Giscard d’Estaing fut élu après une campagne difficile. Il profita également de la croissance jusqu’à la crise du pétrole.
Jusque là, le gouvernement français avait la confiance du peuple puisque tout allait bien. Les grèves et les manifestations (il y en a toujours eu en France) se réglaient par des concessions et de bonnes paroles et tout rentrait dans l’ordre. La croissance payait les revendications du peuple. Celui-ci ne concevait pas encore (et il s’en fichait) que la politique n’était pas faite pour lui mais qu’entre les divers caciques pour satisfaire leurs propres ambitions. L’Etat ne se souciait que de lui-même et n’écoutait le peuple que lorsqu’il manifestait. Et celui-ci était content car les promesses étaient généralement tenues et il obtenait ce qu’il voulait
Mais la crise du pétrole a commencé à changer la donne. La croissance n’était plus là pour remplir les caisses de l’Etat, et après une bagarre homérique, en 1981 François Mitterrand a remplacé Giscard d’Estaing empêtré dans l’affaire des diamants de Bokassa.

Ce virage à gauche fait ressortir l’une des caractéristiques de la 5ème République où le Président est élu au suffrage universel. C’est la soif du pouvoir, déjà flagrante lors de l’élection de Giscard en 1974. Sous la 4ème  République, le poste de Président était un poste honorifique et simplement représentatif. Mais sous la 5ème, le Président a pratiquement tous les pouvoirs. Alors toutes les promesses, tous les mensonges et tous les coups bas sont permis pour accéder à ce pouvoir. Et comme c’est le Président qui nomme ses ministres, le lèche bottes devint presque une manière de vivre des divers ministrables. A tous les niveaux ce ne sont plus que promesses et mensonges, le tout formulé dans une langue de bois destinée à flouer le peuple et lui faire prendre des vessies pour des lanternes.

Mitterrand élu, il appliqua son programme sans se rendre compte qu’il menait la France là où elle en est aujourd’hui. Il nationalisa toutes les grandes entreprises (industrie et services) qui à force de réorganisations forcées ne savaient plus ni où elles en étaient ni comment gérer la situation (certaines prirent près de 2 ans de retard dans leurs projets d’investissement). Et pour accroitre la main mise de l’Etat, Mitterrand fit nommer à leur tête des énarques hauts fonctionnaires qui n’avaient pour la plupart que des connaissances livresques de l’industrie, de ses marchés et de la concurrence.  Empêtrées dans les arcanes de décisions politiques contraires à toute vision économique et à toute compréhension des marchés, ces entreprises ne subsistèrent peu à peu qu’à coup de subvention, donc au frais de l’Etat (en particulier la Thomson dont le bilan ne fut bientôt plus constitué que d’actifs financiers). Pour financer sa politique ubuesque, l’Etat se mit donc à augmenter les impôts et les taxes et à emprunter sur le marché monétaire pour satisfaire à la fois les revendications salariales et sociales du peuple, les besoins en financement de ces entreprises nationales et sa politique étrangère.
Mais « tout allait bien » et la langue de bois calmait les interrogations. Et le lèche bottes s’amplifiait et s’étendait aux entreprises nationales elles-mêmes dont les dirigeants rêvaient d’un futur poste de ministre. Le peuple était satisfait, il obtenait ce qu’il voulait, mais il ne savait pas à quel prix. Un chômage qui prenait l’ascenseur, une dette nationale qui ne faisait que s’amplifier et la valeur du Franc qui ne faisait que diminuer à force de faire tourner la planche à billets (entre 1960 et 2002 date de l’introduction de l’Euro, le Franc a perdu les ¾ de sa valeur par rapport au CHF).

Puis en 1995, après 14 ans de présidence, ce fut au tour de Jacques Chirac. Confronté à l’ampleur de la dette, aux finances catastrophiques de la Sécurité Sociale et à l’état monstrueux des finances des entreprises nationalisées, son 1er ministre Alain Juppé mena de front la privatisation des entreprises nationales et la réorganisation de la Sécu.  En particulier les régimes de retraite.
Et le monde eu la surprise de constater les trous béants des bilans. A tel point que Juppé voulu vendre la Thomson (fleuron de l’industrie française) pour 1Fr symbolique ! Mais oui ! Et le peuple se rendit compte qu’on l’avait floué, que tout n’allait pas aussi bien qu’on le lui avait dit et que ce serait donc à lui de payer les pots cassés ou du moins une partie.  Ce qu’il du faire d’ailleurs par l’augmentation des impôts. C’en était trop et il n’était pas prêt à accepter une rallonge de la durée de cotisations sociales par l’augmentation de l’âge de la retraite. Manifestations et grèves mirent ainsi fin au mandat de Juppé qui, empêtré dans diverses affaires du démissionner. Et il fut remplacé en 1997 par le socialiste Lionel Jospin. Celui-ci s’empressa de remettre à plus tard la réforme de la Sécu et avec Martine Aubry d’introduire les 35 heures par semaine (ce qui devait réduire le chômage, c’était promis … mais qui n’a fait que l’amplifier par l’augmentation des CDD au détriment des CDI). Et comme Jospin menait sa barque sans trop de soulèvements sociaux, Chirac se désintéressa de la politique intérieure pour se concentrer sur la politique extérieure. Toute tentative pour réduire la dette fut ainsi oubliée. Et elle continua de grossir. Subventions  multiples, train de vie de l’Etat, impôts qui ne rapportaient pas autant qu’espéré (chômage grandissant, entreprises en difficulté, etc.), et les revendications sociales qu’un gouvernement socialiste se devait de satisfaire.

Puis en 2007 ce fut au tour de Nicolas Sarkozy.  Dès le début de son mandat il commit des erreurs que le peuple jugea inacceptables. Célébration de son élection au restaurant Fouquet’s, vacances sur le yacht d’un ami milliardaire. D’amblée il se présentait comme un Président « bling-bling » et ami des grosses fortunes. Les socialistes ne se privèrent donc pas de le décrier. Il voulait réformer la France, sa Sécu, diminuer la dette. Et il ne pu que combler les trous financiers des banques générés par la crise des subprimes. Crise mondiale mais personne ne s’en souciait car de tout ce qu’il avait promis il ne pu pratiquement rien faire d’autre que réformer les retraites. Ce que le peuple a évidemment très mal pris. Et même au sein de sa propre majorité il se fit des ennemis par son comportement hyper actif.

Le résultat fut qu’en 2012 ce fut le socialiste François Hollande qui fut élu Président. Lors d’une confrontation télévisée avec Sarkozy il insista sur les promesses non tenues de Sarkozy (allant même jusqu’à lui reprocher la crise)  et il promit de redresser la France en une tirade mémorable « Moi Président je ferai … ».  Dix fois (ou plus). Tout y était. Et il serait un Président normal . C’était certain, avec un tel homme et un tel  programme il redresserait la France. Et les français l’ont cru.
Et après ? Plus rien ! Que des louvoiements, des hésitations, de gentilles paroles.
Sur le plan intérieur, il laisse la direction des affaires à Jean Marc Ayrault puis à Manuel Valls qui se battent au sein de leur propre parti contre les doctrinaires qui ne comprennent pas que le socialisme doit évoluer vers une prise en compte des contraintes de l’économie.
Et pour comble la France se trouve attaquée par des fanatiques islamistes. Ce n’est que là que Hollande sort de ses hésitations et apparaît comme un chef de guerre. Mais c’est peu, ça coûte cher et c’est un peu tard.

CONCLUSION :
Quel que soit le gouvernement de droite ou de gauche, depuis la fin du mandat de Giscard d’Estaing,
1) Pratiquement aucune des promesses « pour le peuple » ne fut tenue. A part des réformes mineures ou des réformes constitutionnelles qui n’intéressent que les élus.
2) Les impôts sont devenus confiscatoires,
3) Le chômage n’a fait que croître,
4) La dette n’a fait qu’empirer,
5) Le Code du Travail est un gros bouquin que personne ne comprend et qui incite les entreprises à ne pas embaucher,
6) Les PME ne s’en sortent plus, surchargées par les taxes et les tâches administratives,
7) La France a créé des ghettos et n’arrive pas à les intégrer dans une politique respectueuse à la fois des coutumes et de la République, ce qui incite certains jeunes à se radicaliser,
8) L’Education Nationale est devenue un monstre qui n’arrive plus à intéresser les jeunes ni à les motiver,
9) Les élus ne font que se s’entre déchirer, à droite comme à gauche, arguant de doctrines, de dogmes, de n’importe quoi,
10) Les acquis sociaux ne furent acquis qu’à la suite de grèves,
11) ETC …..

Bref, à gauche comme à droite c’est le foutoire et plus personne ne semble crédible. Et encore moins les Présidents.

ALORS :
Que reste-t-il aux français ?
Il leur reste le FN qui a su ratisser large, à droite comme à gauche, qui a su gommer son image xénophobe et raciste, qui a prévu tous ces drames et menaces,  à qui on ne peut reprocher aucune promesse non tenue puisqu’il n’a jamais gouverné. Un vrai boulevard électoral.
Alors comment s’étonner des résultats des élections régionales du 6 décembre.
Prémices aux présidentielles de 2017 ?

OUI MAIS !  Il faudra alors qu’il tienne ses promesses et ça c’est une autre histoire, surtout que certaines sont la porte ouverte sur un gouffre économique et social sans fond, prémices d’une révolution. Sortie de l’Euro et de l’UE, rétablissement du Franc, dévaluation de 20%, rétablissement des frontières et des droits de douane, etc. OH LA LA !!!

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