24/12/2013

La Casomania

C’est la manie des gens ou des institutions de placer les autres dans une case dont ils ne pourront plus sortir.
Cette case s’ouvre souvent lorsqu’on fait connaissance. Après 30 secondes on est casé.
Mais elle est constante et quasi générale dans les institutions.


Dans certaines entreprises (presque toutes), on n’engage que des diplômés pour les postes importants.
Certes il est rassurant de se dire qu’une personne diplômée détient donc un savoir. Une personne diplômée est donc illico placée dans la case « sera compétente ».
Mais détient-elle un savoir faire ?
C’est là la bonne question. Car un savoir faire ne s’obtient pas à l’école, il s’obtient sur le terrain. On pourrait dire qu’un diplômé, grâce à ses connaissances, saura faire plus rapidement qu’un non diplômé. Mais ce ne sera le cas que si le diplômé sait imaginer et sortir de ses livres en raisonnant plus large, si son esprit est suffisamment vif et ouvert pour sortir des ornières des solutions toute faites, s’il sait écouter sans honte ceux qui savent faire avant lui, s’il sait lui-même se forger ses outils. Et ceci n’est pas donné à tout le monde.

D’où la question subsidiaire : Faut-il être diplômé pour savoir faire ?
Nous connaissons tous Bill Gates le fondateur de Microsoft. Bien qu’il ait étudié à l’université de Harward, il a abandonné ses études pour se consacrer à l’informatique et fonder Microsoft. Il n’a donc pas de diplôme. Tout comme Steve Jobs le fondateur d’Apple qui a purement et simplement arrêté ses études pré-universitaires pour fonder Apple.
Et j’ai connu personnellement le PDG d’une PME florissante dont la carte de visite portait « Diplômé de l’ESMP ». Curieux, je lui ai demandé de quelle haute école il s’agissait. Il m’a répondu « Vous ne connaissez pas ? C’est l’Ecole Supérieure Maternelle de Paris ».

Prenons un exemple inverse.
La plupart des grandes entreprises françaises ont à leur tête d’anciens hauts fonctionnaires ultra diplômées (X, ENA, etc.) parachutés par le pouvoir en place après une longue carrière dans les arcanes de certains ministères. Or presque toutes vivent sous perfusion grâce aux subventions de l’Etat français. Et pourquoi ? Car si ces dirigeants savent gérer (au sens comptable) et administrer, pour la plupart ils ne connaissent ni le métier ni la culture des entreprises où ils ont été parachutés.
Prenons un autre exemple.
Pratiquement tous les députés et surtout tous les ministres sont des anciens de l’ENA, école prestigieuse créée par de Gaulle pour former la fleur des hauts fonctionnaires et des futurs dirigeants. Or l’état de la France aujourd’hui, que ce soit à la tête de l’Etat, dans ses administrations pléthoriques ou dans ses grandes entreprises, ne semble pas démontrer qu’un diplôme, aussi prestigieux soit-il, soit un gage de hautes performances.
Dans ma carrière j’ai connu de nombreuses personnes diplômées ou non de grandes écoles. La plupart de celles qui avaient réussi, soit n’avaient aucun diplôme (mais un esprit vif et précis), soit avaient un diplôme pour un métier totalement différent de leur activité.
Curieux n’est-ce pas.

Mais on continue à casomanier. Les DRH (Directeurs des Relations Humaines) cherchent prioritairement des diplômés pour les postes de cadres et tout CV sans diplôme d’Etat est placé dans la case « impropre » et jeté à la poubelle.
C’est une véritable aberration qui explique en partie le chômage. Nos propres diplômés (du moins ceux qui en veulent et sont déjà sortis de leurs livres) préfèrent s’investir dans des petites structures à fort potentiel innovateur plutôt que dans des entreprises plus grandes sclérosées par leur rigidité. Ces dernières ne trouvent donc leurs cadres que parmi les diplômés suisses qui cherchent plus de sécurité et en particulier les diplômés français attirés par les salaires suisses.
Je connais une personne sans emploi dont le profil et l’expérience correspondent exactement à un poste proposé par une grande banque de Genève. Mais cette personne n’a pas de diplôme. Elle n’a acquis son savoir et son savoir faire que sur le terrain. Eh bien non, les directives (stupides) de cette banque réclament un diplôme d’Etat. Une tête bien pleine sans se soucier de savoir d’abord si elle est bien faite. On n’engage que sur diplôme et on verra après. La politique des occasions manquées !

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