22/10/2013

Un chômeur est-il un pestiféré ?

C’est une question qu’ils se posent tous. A force d’envoyer leurs CV et de ne recevoir que quelques rares réponses où ils lisent qu’ils n’ont pas le format, ils ne comprennent plus. Là où ils travaillaient ils étaient appréciés, et là où ils sont maintenant plus personne ne veut d’eux. Soit ils ne sont pas assez qualifiés, soit ils le sont trop. Et pourtant ils ont étudié, travaillé, ils connaissent les contraintes et le ou les métiers. Mais non, ils sont hors-circuit.
Sont-ils pestiférés ?


La raison est peut-être ailleurs que chez les chômeurs. Elle est en grande partie dans la tête des recruteurs pour qui un chômeur est un paresseux, un type qui s’est fait foutre dehors, un perdant qui ne vaut pas la peine d’un entretien. Surtout s’il est chômeur de longue durée car « personne n’a voulu de lui ». Ou bien il est trop jeune ou trop vieux pour s’adapter à un nouveau travail. Trop jeune, à 25 ans on n’a pas 10 ans d’expérience du métier. Trop vieux donc trop cher et à 40 ans on a trop d’habitudes. Et puis il n’a pas de diplôme d’Etat ! Ah ça c’est une tare car tout le monde sait par exemple que pour être un vendeur il faut un doctorat en physique. Et tare ultime d’un chômeur : il est sans emploi, donc inactif et hors du circuit sur lequel prospecte le recruteur.

En effet, un recruteur travaille généralement sur quelques métiers bien précis où il connaît de nombreuses personnes qui un jour ou l’autre pourraient être candidats à changer d’entreprise. Un carnet d’adresses de personnes actives. Mais qui disparaissent si elles sont licenciées. Hors-circuit, hors-carnet puisqu’il n’est plus à l’adresse indiquée. Ainsi, une mission, quelques coups de téléphone bien ciblés … et le tour est joué sans trop d’efforts et sans perdre du temps à lire des centaines de CV de personnes qu’il ne connaît pas.
D’autre part un recruteur a une case à remplir. Le candidat doit correspondre à un schéma précis, fixé par son mandant, la CASE. Du genre « Jeune, diplômé, 15 ans d’expérience, teint clair, yeux bleus, blond, grand (1,85m),  etc. » Bon j’exagère, mais c’est à peu près çà. Alors avec tous ces critères, comment pouvez-vous vous rendre compte de l’adéquation d’un candidat sur la seule base de son CV ? Il n’y a que le carnet d’adresses et la connaissance préalable du candidat qui permettent de trouver facilement une réponse adéquate à la demande du mandant.
Et si le carnet est vide ? Il ne reste alors plus que la dernière solution. Lire en diagonale des dizaines de CV. Une à deux minutes par CV, pas plus ! Puis convoquer un inconnu sur la base de son CV pour un entretien qui dévoilera peut-être qu’il s’agit de la perle rare cherchée. Et c’est pour cela qu’il est si difficile pour un chômeur de retrouver du travail. Hors-circuit, hors-carnet, son CV ne sera lu qu’en dernière solution et si vite qu’il aura toutes les chances de n’être pas compris. Et s’il ne correspond pas à la CASE, il sera rejeté.

Je connais moi-même la musique car j’ai été chômeur. Lors des rares entretiens que j’ai eus, la discussion était constructive jusqu’à ce que je dise que j’étais sans emploi. Dès lors la conversation devenait générale et se terminait par un « on vous recontactera » poli. Et après ? Silence radio. Mais un jour, à peine les présentations faites, j’ai ouvert le feu en disant « Je suis sans emploi, si ça vous pose un problème restons en là. Nous gagnerons tous deux du temps ». Le recruteur ébahi s’est assis et l’entretien fut constructif jusqu’à la fin. Et il y a eu une suite car si le recruteur ne me connaissait pas (j’étais hors-circuit), il prospectait dans mon propre métier. Et le fait de lui « rentrer dedans » lui a probablement plu.

Alors, si je peux donner un conseil à tous les chômeurs c’est celui-ci. Agissez comme un recruteur et créez votre carnet d’adresses. Dans votre vie professionnelle vous avez connu de nombreuses personnes travaillant dans un métier proche du vôtre et qui sont encore en activité. Contactez-les et renseignez-vous (qui est le DRH, la société embauche-t-elle, que fait-elle, quelles sont ses spécialités, etc.). Ne restez pas dans votre trou, sortez, renseignez-vous, faites-vous connaître. Et envoyez votre CV avec une lettre montrant que vous connaissez bien la société et que son métier est justement le vôtre. Et si vous êtes convoqué, allez-y la tête haute, la voix claire et n’hésitez pas de dire que vous cherchez un emploi. Et montrez que vous connaissez l’entreprise et que votre expérience est justement celle quelle recherche.

Et si je peux donner un conseil à tous les ORP cantonaux, faites en sorte que les conseillers à l’emploi ne soient pas que des scribes qui enregistrent les CV envoyés, mais qu’ils deviennent eux-mêmes des « recruteurs ». Ils connaissent le tissu industriel de leur canton, les entreprises qui embauchent et ils connaissent les candidats.  Situation idéale pour faciliter la réinsertion des chômeurs.

Commentaires

Bravo Monsieur pour ce billet plein d'encouragements!

Mon vieux voisin et ami, âgé de 63 ans, est demandeur d'emploi. Il garde la tête haute, paraît moins que son âge, possède des compétences et des connaissances, mais... fait peur aux recruteurs.

Eh oui, être né en 1949, c'est une tare... Bien trop vieux pour être âgé, et encore trop jeune pour s'arrêter de fonctionner!

Écrit par : Denise Park | 22/10/2013

Les commentaires sont fermés.