05/09/2013

La débâcle

Lors de la dernière guerre, la plupart des pays n’étaient pas préparés. Leurs armes étaient dépassées et leurs troupes n’étaient généralement que coloniales ou maritimes. La France surtout se croyait invincible derrière sa ligne Maginot et de vieux généraux, qui n’avaient vécu que la guerre de tranchées lors de la 1ère guerre, ne croyaient même pas en la puissance des chars et de l’aviation.


Et si la France avait sa ligne de défense supposée inviolable, la Pologne n’avait que des cavaliers (qui se jetèrent sabre au clair avec un indicible courage contre les mitrailleuses et les chars allemands), l’Angleterre ses troupes coloniales et sa flotte, la Belgique supposée neutre n’avait rien. Seule l’Allemagne se préparait et l’Europe n’a rien vu venir, apaisée par les paroles lénifiantes d’Hitler.
Et voilà qu’Hitler envahit la Pologne avec laquelle la France et l’Angleterre avaient des accords. Il a donc fallu déclarer la guerre à l’Allemagne, et d’un jour à l’autre ce fut la mobilisation générale. Tous les hommes en âge de se battre furent mobilisés. Chaires à canon potentielles puisque la plupart n’avaient jamais tenu un fusil. Il fallut donc les entrainer mais plus à faire de l’école du soldat « En rang, en avant marche, une deux une deux » qu’à tirer et à manœuvrer. Pour une raison bien simple d’ailleurs, il y avait la ligne Maginot alors à quoi bon apprendre à tirer ou à manipuler un canon ?
Ce fut donc la « drôle de guerre » où les troufions passaient leur temps à jouer aux cartes et où les officiers se prélassaient devant des cartes en simulant une guerre qui n’avait rien à voir avec celle qui les attendait.
Et voilà que contre toute attente l’Allemagne envahit la Belgique, contourne la ligne Maginot et envahit la France. Et tout à coup la France s’aperçoit que ses armes sont désuètes, que ses chars se font tailler en pièces, que sa ligne Maginot ne peut tirer que dans une direction et, plus grave, que ses munitions ne sont pas conformes.
Et ce fut la débâcle avec la suite que l’on connaît.

Alors parlons de la Suisse. Nous allons voter pour ou contre une Suisse sans armée, ou plutôt une Suisse dont l’armée se réduirait à quelques professionnels et une milice de volontaires de quelque 20.000 hommes.
Pour les référendaires il semble évident que la Suisse ne sera jamais attaquée militairement. Alors à quoi bon une armée ? Et ne sommes-nous pas neutres ? Comme la Belgique en 1940.

Et revenons aux années 1960. A cette époque l’Europe vivait dans la crainte d’une 3ème guerre mondiale avec l’URSS dont les chars pouvaient arriver en quelques jours à nos frontières. Nous disposions alors d’une milice de près de 700.000 hommes, bien entrainés bien que seulement 3 semaines par an. Mais au moins ils savaient tirer et manœuvrer. Et ils étaient immédiatement mobilisables et en 24 heures ils étaient opérationnels.

Aujourd’hui les menaces sont différentes. L’Europe est (apparemment) unie et la Russie n’est (apparemment) plus belliqueuse (à part le fait que le président Poutine ait publiquement regretté le temps de la grande URSS). Apparemment seuls le Moyen-Orient, le terrorisme et l’espionnage posent problème. Et les armes sont également différentes. Les armes matérielles (fusées, avions supersoniques, drones, bombes sophistiquées, nucléaire, gaz, etc.) et immatérielles (informatiques, communications, espionnage, surveillance par satellite).
Donc si la Suisse veut garder une armée, il faut que celle-ci soit équipée et formée à utiliser et à contrer ces armes. Et ce n’est pas une milice d’opérette de 20.000 hommes qui pourrait le faire. D’autant moins qu’en cas de conflit il faudrait former rapidement des milliers de soldats sans aucune expérience. Une quasi impossibilité d’autant plus que les armes disponibles seraient insuffisantes pour équiper les troupes.

Mais heureusement nous sommes en paix. Alors 20.000 hommes serait-il suffisant ? Je dis non car même hors conflit l’armée a un rôle prépondérant. Surveillance du territoire, intervention en cas de catastrophes naturelles,  interventions pacifiques dans les pays en guerre. Et même formation des jeunes. Formation à l’esprit de corps, à l’obéissance (eh oui !) et au commandement.

Alors quelle que soit votre opinion, réfléchissez aux conséquences de votre vote. Voulez-vous une Suisse désemparée faute de moyens humains et matériels face aux catastrophes naturelles ou belliqueuses, ou une Suisse suffisamment forte pour assurer son destin et sa sécurité.
Pour moi le choix est fait : je voterai NON à cette initiative dont le seul but est de déléguer notre indépendance et notre sécurité aux forces de l’Union Européenne (comme la Belgique l’avait fait avec la France en 1940) et à terme d’en devenir membre.

Commentaires

- « Et tout à coup la France s’aperçoit que ses armes sont désuètes, que ses chars se font tailler en pièces ... »

Cher Monsieur, il serait bon de commencer par tailler en pièces les mythes avant de tenter une quelconque comparaison.

En 1940, comparée à la dotation en chars de l'armée française, les Panzers allemands se révélèrent: "sous-armés, sans canon et en nombre insuffisant".

( «The Germans panzer arm took the field on 10 may 1940 under-armoured, outgunned and outnumbered » ; John Delaney : The Blitzkrieg Campaigns, Arms & Armour, 1996.)

« Contrairement à la croyance générale, l’armée française est battue en 1940 non par sa conception statique des hostilités et son complexe de la Ligne
Maginot, mais par la hardiesse de son seul mouvement dynamique de la guerre, l’avance en Belgique et en Hollande »

( Pierre et Renée Gosset : La deuxième guerre. Les secrets de la paix manquée; Éditions de Flore, 1951. Voir également Jacques Benoist-Méchin : Soixante jours qui ébranlèrent l’Occident, 1956 ; réédition Robert Laffont, 1981. )

" [La Blitzkrieg] Ce qui déconcerte est sa conduite accélérée sans temps d’arrêt, «à l’emporte-pièce » précisera Georges devant la Commission parlementaire Serre en 1945. Ainsi, lorsqu’en juin 1938, un exercice est organisé par l’état-major français qui simule une percée et une attaque «dans la foulée » trois jours après le début d’une offensive allemande, il juge cette hypothèse excessive, car elle suppose que les Allemands poursuivraient leur avance sans délais de remise en ordre de leur dispositif. « Prêtant à nos ennemis nos propres procédés, nous avions imaginé qu’ils ne tenteraient le passage de la Meuse qu’après avoir amené une artillerie nombreuse. Les cinq ou six jours nécessaires auraient donné aisément le temps de renforcer notre propre dispositif » .

Or c’est une tactique de commando qui est utilisée pour le franchissement. Pour les état-majors quels qu’ils soient, la Blitzkrieg est de la guerre foutraque, et Guderian lui-même aura toutes les peines du monde à convaincre sa hiérarchie de le laisser poursuivre vers la Manche sans attendre que les divisions d’infanterie motorisées le rallient."

( Jean-Philippe IMMARIGEON: 1940 : faillite française ou défaite improbable ? (2005) )

Pour l'aspect de la conduite de la guerre, l'organisation de l'armée, et le fond politique, il suffit de se référer à l'ouvrage de Marc Bloch, vétéran des deux guerres, qui a parfaitement compris les causes directes de la perte de conscience de la situation militaire, de la déroute, puis de la défaite.

L'Étrange Défaite. Témoignage écrit en 1940 :
http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89trange_D%C3%A9faite

Écrit par : Chuck Jones | 06/09/2013

Relevons d'autres inexactitudes malheureusement trop souvent répétées:

- "la Pologne n’avait que des cavaliers"
Au 1er septembre, la Pologne alignait 950'000 hommes, 900 chars, 450 avions.
Le char polonais 7TP surclassait tous les chars allemands, mais était déployé en quantité insuffisante, face aux 5'000 chars allemands.
La charge de la cavalerie polonaise contre une formation de chars allemands est un mythe:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charge_de_Krojanty

- "l’Angleterre ses troupes coloniales et sa flotte"
Soyons sérieux, à l'aube de la 2ème guerre mondiale, la Grande Bretagne est la première puissance militaire du monde.

Le corps expéditionnaire britannique en france en 1940 compte pas moins de 450'000 hommes, composé exclusivement de britanniques, pas des coloniaux.

- "la Belgique supposée neutre n’avait rien"
En mai 1940, l'armée territoriale Belge compte pas moins de 600'000 hommes.
C'est l'armée belge qui subira l'intégralité du choc de l'attaque allemande lancée le 10 mai. L'armée belge déposa les armes 3 semaines plus tard faute d'approvisionnement en munition. Mais pas moins de 5 divisions belges seront évacuées à Dunkerque. Contrairement à la France, le gouvernement Belge s'exila et poursuivit l'effort de guerre, notamment en Afrique, où les troupes coloniales Belges (+100'000 hommes) sécuriseront les mines du Congo, (cuivre, zinc, uranium) et affronteront directemnt les italiens an Abyssinie.

- "la France ... Il a donc fallu déclarer la guerre à l’Allemagne, et d’un jour à l’autre ce fut la mobilisation générale. Tous les hommes en âge de se battre furent mobilisés. Chaires à canon potentielles puisque la plupart n’avaient jamais tenu un fusil. Il fallut donc les entrainer mais plus à faire de l’école du soldat qu’à tirer et à manœuvrer. Pour une raison bien simple d’ailleurs, il y avait la ligne Maginot alors à quoi bon apprendre à tirer ou à manipuler un canon ?"

Depuis 1935, le service militaire en France dure 2 ans.
En juillet 1939, l'armée active rappelle les 4 dernières classes libérées, portant l'effectif de l'armée de Terre de 875'000 à 2'500'000.
Le rappel des réservistes en septembre 1939 portera l'effectif à plus de 5 millions. La moitié des effectifs est donc constituée de soldats entraînés pendant au moins deux ans au cours des 6 dernières années.

Écrit par : Chuck Jones | 06/09/2013

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