25/11/2011

Le Mal Vivre

Nous vivons à une drôle d’époque.
Il faut être efficace et rentable. Et malheur à ceux qui ne le sont pas assez. Dehors ! Et pour tous ceux qui restent, ils doivent justifier leur emploi.


Alors on bouffe n’importe quoi, vite fait, au besoin à son bureau ou sur le siège de sa voiture pour ne pas perdre de temps. De la nourriture industrielle aseptisée et hormonée. Et il en va de même chez soi, pas le temps, on mange une pizza ou un blanc de poulet aux antibiotiques. Et même si l’on se donne la peine de cuisiner, les légumes et les fruits n’ont plus de goût et sont pleins de pesticides. Quant à la viande, on peut être sur que selon son origine, elle est polluée aux hormones et aux antibiotiques.
Au travail, nos chefs nous stressent sans penser à autre chose qu’à leurs bonus et à leurs propres chefs qui ne peuvent pas attendre. Il n’y a plus de délais car il faut tout faire tout de suite, et comme on est moins nombreux, licenciements oblige, il faut tout faire en même temps.
Et tout ceci pour produire plus et être capable de livrer à temps des trucs qui dans 6 mois seront dépassés et ne vaudront plus rien. Des trucs qu’on ne se donnera même pas la peine de faire réparer et qu’on jettera à la poubelle. Et même les consommables ne valent plus la peine d’être remplacés car ils sont aussi chers que l’appareil lui-même. Une imprimante laser n’a plus de toner, la belle affaire, on la jette et en rachète une autre. D’ailleurs elle est construite pour fonctionner 3 ans et pas plus.
La foire à la productivité pour satisfaire des besoins qu’on a créés de toute pièce et qu’on s’escrime à promouvoir à force de publicités et de campagnes marketing.
Consommer tel est le mot d’ordre. Consommer et jeter. Il faut bien faire marcher l’industrie et lui permettre de faire des bénéfices pour produire encore plus et plus vite.
Et la course au fric facile conduit à la déforestation de régions entières. Pour trouver de l’or, quitte à polluer les rivières au cyanure. Sans égards ni à la flore ni à la faune ni aux tribus locales dont l’habitat se réduit de jour en jour sans espoir, on abat les arbres de bois précieux pour en faire des meubles et pour planter à leur place des palmiers à huile. Une huile prouvée comme étant nocive mais qu’on trouve aujourd’hui dans tous les aliments industriels parce qu’elle est bon marché. Et les mers sont vidées, raclées par chalut à plus de 1000m de profondeur.
L’agriculture elle-même devient industrielle. Les rendements à l’hectare sont décuplés par des engrais chimiques. Produire encore plus et encore plus vite. Les fruits sont cueillis verts et muris chimiquement, les animaux sont engraissés à l’aide d’aliments qui ne leur conviennent pas mais qui les font grossir plus vite. Les bovins sont nourris au maïs et grandissent dans leur fange dans des enclos sans herbe. Les poulets sont élevés en batteries de plusieurs milliers dans des conditions effroyables. Grossis trop vite, ils deviennent trop lourds, ne peuvent plus se déplacer et meurent.
Et il n’y a pas que ça. Les jambons allemands sont transportés en Italie où ils deviennent jambons de Parme. Le lait européen est envoyé en Grèce pour en faire des yaourts grecs. Simple question d’AOC ! A quand le lait européen transporté en Suisse pour en faire une raclette valaisanne ?
Et il n’y a pas que l’industrie et l’agriculture qui déconnent. La finance mène le jeu. A force d’inventer des fonds risqués et de distribuer des bonus inconvenants à ceux qui auront su les vendre, à force de jouer elle-même à tous ces jeux dangereux, elle s’est magistralement plantée. Et les banques, au bord de la faillite, ont crié « Au secours ! ». Et les Etats ont couru à leur aide. Déjà plombées par des dépenses inconsidérées, les finances de ces Etats dépensiers ne peuvent plus être renflouées que par de sévères mesures de restrictions budgétaires. Pas question de toucher aux trains de vie fastueux des Etats, il en va de leurs images. C’est donc les peuples qui paieront. Taxes supplémentaires temporaires qui ne seront jamais abrogées, diminutions des prestations les plus élémentaires.
Et les peuples en ont marre. Ils ont assez de ces régimes totalitaires ou soit disant démocratiques dont les dirigeants font ce qu’ils veulent au détriment du peuple. Ils ont assez de tous ces corrompus qui s’enrichissent sur leurs dos et leur infligent la misère. Les peuples en ont assez de ces démocraties où l’opposition ne sait que s’opposer et ne songe jamais à travailler ensemble.
Ils en ont marre de ces politiciens qui tergiversent, n’arrivent pas à s’entendre, et de cession en cession dépensent la fortune des peuples à ne faire que décider de la prochaine cession. Ils en ont marre de tous ces ministres bidons qui vivent sur un grand pied et n’apparaissent à Bruxelles ou à Washington que le temps nécessaire pour toucher leurs jetons de présence et retourner chez eux sans avoir rien fait d’autre que de se faufiler. Ils en ont marre de tous ces crétins d’élus qui ne pensent qu’à eux-mêmes et au fric en permettant à notre belle société de continuer à spéculer, polluer, anéantir la nature, asservir et affamer les peuples en les spoliant de leurs biens et de leurs cultures. Ils en ont marre d’être jetés comme de vulgaires consommables. Ils en ont marre de cette cacophonie qui mène l’humanité à sa propre destruction.

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